Les + du Livre

Cette rubrique propose des développements relatifs aux ouvrages en vente sur cette plateforme. Il s’agit des thématiques abordées de manière synthétique de telle sorte qu’elles restituent suffisamment la réflexion contenue dans le livre. Ici, la valeur ajoutée est l’existence des photos permettant de donner un visage aux différents acteurs. Pour cette première, nous parlons de : ”Le Cameroun dans la géométrie des relations internationales”. C’est ainsi qu’il sera évoqué le traité germano-douala, évidemment un rapport créé avant l’accession de notre pays à l’indépendance. Depuis l’acquisition de la souveraineté la coopération bilatérale se déploie, et elle s’exprime avec la Chine, le Nigeria, la France, les États-Unis. Au sujet de la coopération multilatérale, il  est évoqué les rapports avec l’ O.N.U. et l’U.A.

Si la présence allemande sur les côtes camerounaises est fixée autour de 1860, c’est en 1868 que Adolph Woermann installe une maison de commerce à Douala. Et le 30 janvier 1883 le King Akwa et sa suite signent un accord commercial avec Edouard Schmidt représentant la maison Woemann. Finalement, le 12 juillet 1884, dans une factorie allemande, le traité germano-douala est signé entre Edouard Schmidt, d’une part, agissant pour les firmes C. Woermann et Johannes Thormählen, commerçants et résidant en Allemagne, et, d’autre part, le Roi Akwa et 23 témoins. C’est ce même jour que le Dr Nachtigal, Consul d’Allemagne à Tunis, accosta à bord de la Möwe. Mais la cérémonie officielle où le drapeau allemand fut hissé était le 14 juillet 1884.

Les firmes allemandes mues par une ambition de conquête furent soutenues par le Chancelier Bismarck dont les volontés expansionnistes étaient avérées. Ce couple réussit à s’approprier la souveraineté du Cameroun, un objectif géopolitique. Envisageant ses rapports extérieurs avec philanthropie, ce dernier apprit à ses dépens que l’action internationale ne s’improvise pas.

Pendant plusieurs années, les relations entre Yaoundé et Pékin n’étaient pas au beau fixe. C’est certainement pour cette raison que le Cameroun avait pour partenaire depuis 1960 Taiwan, l’ennemi juré de la Chine. La raison de cette absence de liens diplomatiques : l’Empire du Milieu soutenait l’U.P.C. (Union des Populations du Cameroun), le parti nationaliste. Il fallut attendre l’exécution de Ernest Ouandié sur la place publique à Bafoussam afin que cette relation se normalisât et l’échange des liens diplomatiques entre les deux pays la même année. Plus mémorable était la réception d’Ahmadou Ahidjo par Mao le 26 mars 1973. C’est à cette occasion que le partenaire chinois promit construction du barrage de Lagdo et du palais des Congrès. Quant au Président Biya, il s’y rendit en1987, 1993, 2003, 2006, 2011 et 2018. De nos jours, les échanges financiers et commerciaux sont importants : entre 2007 et 2017, les financements chinois au Cameroun avaient atteint 3.282 milliards F.CFA faisant d’elle le premier bailleur de fonds de ce pays. Toutefois, la balance commerciale déficitaire pour notre pays atteste qu’il a du mal à tirer d’importants gains avec ce partenariat.

Si les deux pays ont eu, notamment sous la présidence de Goodluck Jonathan, des liens tendus, leurs rapports sont en général cordiaux et dynamiques. Sur le plan politique, les nombreuses rencontres entre les Chefs d’État attestent d’une entente cordiale. On se souvient de la rencontre entre Ahmadou Ahidjo et Yakubu Gowon en 1968 au Nigeria de même que celles entre Biya et Buhari respectivement à Yaoundé en 2015 et à Lagos en 2016. La mutualisation des forces dans le cadre de la lutte contre Boko Haram renforce sur le plan sécuritaire ce lien qualifié de ‘’fraternel’’. Fluctuant au gré de l’insécurité, les échanges commerciaux importants démontrent cette dynamique. D’ailleurs, en 2015 le Nigeria était son deuxième fournisseur bilatéral et en 2016 il occupait le troisième rang. Il reste qu’une plus importante ouverture du pays vers son voisin apporterait des gains plus importants.

C’est une vieille coopération qui a su résister à l’épreuve du temps. D’ailleurs, la métropole a donné des orientations et un contenu à la marche du Cameroun. Plus encore, De Gaulle était un modèle pour Ahidjo. Il admirait, voire adulait, le Président français pour son sens de l’État. C’est certainement cette proximité qui le motiva à se rendre en visite officielle en France en juillet 1960- lui qui fut élu deux mois auparavant- et d’être reçu par le Général. Si la première visite d’un Président français au Cameroun indépendant fut celle de Pompidou en février 1971, les rapports sont restés cordiaux entre les deux  pays. C’est vrai qu’une relative timidité s’est installée entre Paris et Yaoundé avec l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, élection que le Chef d’État camerounais accueillit avec réserve. Cette dernière révèle sans doute que les liens personnels influencent, toutes proportions gardées, les rapports interétatiques.

Paul Biya creuse le même sillon que son prédécesseur : consolidation de cette coopération et émancipation par rapport à la métropole. La déclaration de l’actuel dirigeant en Allemagne en 1986 – « Le Cameroun n’est la chasse gardée de personne, ni d’aucune puissance »-  symbolise  cette émancipation, mais surtout des propos ayant choqué Paris. Quoiqu’il en soit, la France est un partenaire majeur. Cependant, aux côtés de ce pays ami, le Cameroun n’a pas eu un développement important car certains  mécanismes comme le F.CFA emprisonnent son potentiel.

Les deux pays ont des liens forts. C’est ce qu’atteste la rencontre historique entre Ahidjo et Kennedy en 1962 à Washington, à un moment où l’Oncle Sam recherchait des partenaires. Toujours dans une perspective de recherche d’alliés, Bush reçut Biya en 2003 en vue d’asseoir une large coalition en vue de mener la deuxième guerre d’Irak. Il s’en suivra la construction et l’inauguration de leur Ambassade à Yaoundé en 2006. Les domaines sécuritaire et commercial ont pour leur part connu un accroissement : si la sécurité constitue 12% de l’aide américaine, en 2018 les échanges commerciaux s’élevaient à 366 millions de dollars, une augmentation de 32%.

Il reste que le Cameroun est un espace susceptible de permettre à l’Amérique de réaliser une ambition géopolitique : contrôler la sous-région et avoir un œil sur le très effervescent sahel. Malheureusement, Yaoundé ne montre pas jusqu’ici un projet lui permettant de tirer meilleur parti de cet allié qui ne s’encombre pas de lui rappeler ses manquements, à contrario des autres partenaires de Washington que ce dernier magnifie même lorsqu’ils ne sont pas une référence en matière des droits de l’Homme notamment.

Quelques casques bleus camerounais en R.C.A /Crédit Photo:document inédit

Bien qu’ayant été un territoire sous-mandat et sous-tutelle, respectivement avec la S.D.N. (Société des Nations) et l’O.N.U. (Organisation des Nations Unies), c’est le 20 septembre 1960 que le Cameroun devint membre de l’organisation universelle. Depuis cette date, elle a beaucoup réalisé en faveur de ce pays : prêts et accompagnements de la Banque Mondiale ainsi que du Fonds Monétaire international, implication de l’Organisation Mondiale de la Santé dans le cadre de la lutte contre les pandémies. Pour sa part, l’Afrique à miniature contribue à la bonne marche de cette organisation en payant régulièrement ses quotes-parts : 398.395 dollars pour 2019, soit 0,013% du budget ordinaire. Il est par ailleurs impliqué dans cinq opérations de maintien de la paix (Darfour, Haiti, Mali, RDC et RCA), la dernière constitue son plus important contingent avec un peu plus de 1.100 hommes.

Le défi que le Cameroun doit relever est sans doute celui de contribuer à l’abandon du principe de la représentation géographique équitable au profit d’un mécanisme reflétant les ambitions africaines : cinq places comme membres non permanents et deux places comme membres permanents. Cette perspective trouve son sens car une prépondérance de l’Afrique dans le concert des Nations équivaut à une plus importante expression du Cameroun sur la scène internationale.

Ahmadou Ahidjo est un des pères fondateurs de l’O.U.A. (Organisation de l’Unité Africaine). Ses participations à 18 des 19 sommets ayant eu lieu depuis la création de l’organisation continentale jusqu’en 1982 atteste cet attachement. Son élection comme Président de la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement en 1969 ainsi que la mise à disposition au profit de l’O.U.A. de deux camerounais, Nzo Ekangaki (1972-1974) et William Eteki Mboumoua (1974-1978), achèvent de convaincre de ce lien hors du commun. C’est quasiment dans la même mouvance que s’est inscrit Paul Biya. Il organisa le 32e sommet de l’O.U.A. en 1996 auquel participa Nelson Mandela. L’avènement de l’U.A. en 2002 n’a pas changé les orientations originelles de son pays vis-à-vis de l’organisation panafricaine pour laquelle il avait été réticent en refusant de signer l’acte constitutif en 2000 à Lomé. La suite de son magistère montre des actions pertinentes dans le domaine de la sécurité où le Cameroun a fourni 25 hectares à l’U.A. à Douala afin que l’Union y construise sa base logistique. Toutefois, l’influence de ce pays a régressé depuis peu. Il est même de plus en plus indexé par les instances africaines pour violations des droits humains.